À propos

Fugitif, où cours-tu ? est paru le 2 mars 2016, dans la collection « Des mots », aux éditions Presses Universitaires de France. Il s’agit d’un essai qui, à travers la question du marronnage (fuites et résistances des esclaves afrodescendants), s’attache à mettre en lumière l’action et la créativité des colonisés. Entre carnet de voyage, enquête anthropologique et méditation littéraire et philosophique, ce livre évoque l’histoire occultée des fugues, celles du « gitan » nomade, du soldat déserteur, du migrant «clandestin» et de tous les réfractaires à la norme, au contrôle ou à la domestication.  

Foucault l’a bien vu, « la visibilité est un piège ». Art de la disparition, le marronnage est plus que jamais d’actualité. Déjouer les surveillances, les profilages, les traçages marketings et policiers ; disparaître des bases de données ; étendre l’ombre de la forêt l’espace d’un court-circuit. Dans notre monde cybernétique où le contrôle en temps réel de l’individu est sur le point de devenir la norme, le nègre marron apparaît comme une figure universelle de résistance.

Enden derail chacun de nous, sommeille un fugitif : un être qui étouffe entre quatre murs, qui cherche du regard la ligne d’horizon, qui scrute la nuit étoilée, qui veut sentir le vent, le soleil, la pluie, les éléments le pénétrer par tous les pores et en épouser le cycle des mutations. Percevoir jusqu’à devenir imperceptible.

Chaque fois que nous faussons nos identités, chaque fois que nous transgressons des frontières, chaque fois que nous nous offrons à l’imprévu de la rencontre, « êtres de fuite » nous devenons : des être qui fuient de toutes parts, par toutes leurs lignes de faille, et qui échappent d’abord à ce qu’ils sont censés être.

À ces êtres-là, à ces êtres de fuite, leur nature, notre inquiétude attachent des ailes. Proust, La prisonnière.

fugitif

Fuguer, ce n’est pas être mis en fuite, mais au contraire faire fuir le réel, y opérer des variations sans fin pour déjouer toute saisie. La fugue est fougue créatrice.

course

Photo Patrice Le Namouric©, extrait du film M Marronnage.

A l’origine, tout rythme est rythme d’une course : martèlement des pieds sur le sol, martèlement du cœur sous la poitrine, martèlement des mains sur la peau tendue. C’est d’abord au moyen du rythme que l’Africain déporté trace une ligne de fuite.

moon maroon

Photo Patrice Le Namouric©, extrait du film M Marronnage.

 Sous la protection de la lune, les nègres marrons ont inventé des tactiques complexes de contre-capture.

Du chuchotement peut naître un monde, un refuge, une utopie. C’est toujours en chuchotant que nous fomentons nos projets d’évasion.


Quelques échos du « Fugitif » (revue de presse) :

Africultures : Le Marron, un indocile, qui refuse l’ordre des choses imposé par les dominants

Afriscope : Qui est le fugitif du titre de votre essai, Fugitif, où cours-tu ?

Dénètem Touam Bona : C’est d’abord moi-même, mais ça je ne l’ai compris que récemment. Si ces histoires de Nègres marrons m’ont autant fascinées, c’est parce qu’elles trouvaient des résonances en moi. Je n’ai jamais supporté qu’on me mette dans une case. Ce qui m’a le plus marqué dans mon enfance, c’est la maternelle : la façon dont mes petits camarades me firent comprendre par leurs regards, par leurs gestes, par leurs mots que j’étais différent d’eux : un « bamboula ». Le différent, quel qu’il soit, on le met toujours dans une cage. Donc j’ai toujours essayé d’échapper aux grilles de perception de la société. Mais la question que pose le titre n’attend pas forcément une réponse, car on ne fuit pas pour aller quelque part, on fugue pour se réinventer, et le refuge n’apparaît que dans le mouvement même de la fugue…

Note de lecture de la revue Esprit : http://www.esprit.presse.fr/actualite-des-livres/fugitif-ou-cours-tu%E2%80%88-889

Le terme « marrons », qui désigne les sociétés d’esclaves fugitifs des Caraïbes, ne renvoie à aucune couleur, mais aux animaux domestiques importés qui, après s’être échappés des enclos, retournent à l’état sauvage. Le marronnage possède une signification à la fois esthétique – il est un « art de la fugue » – et politique – il met en œuvre ce programme de « désordre absolu » par lequel Frantz Fanon voulait dépasser la situation coloniale. En rappeler l’activité, c’est ainsi corriger l’histoire : les esclaves n’ont pas attendu le mouvement abolitionniste pour contribuer à leur libération. L’auteur de ce petit livre s’attache, en fouillant les archives et en remontant le Maroni, à suivre le subterfuge du marronnage, qui est « une ligne d’ensauvagement », et à rejoindre ainsi leur « indocilité créatrice ». Cette dernière est nécessaire aujourd’hui pour résister aux pratiques d’enfermement et d’expulsion.

Présentation de « Fugitif, où cours-tu ? » sur Mayotte 1ère.

Radio Grenouille : Fugitif, où cours-tu ?

Le Coton Club embarque vos oreilles en un marronnage musical et sonore, avec invité cette semaine à bord de votre navire radiophonique, Dénètem Touam Bona, auteur de l’essai « Fugitif, Où Cours-Tu? » (Des mots, PUF). Direction La Guyane, les bords du Maroni et la forêt profonde, tous les lieux qui permirent aux « marrons », figures vivantes de la fuite et de la liberté, d’échapper alors plus ou moins longtemps aux esclavages américains. Avec son livre Dénètem Touam Bona nous amène à l’essentiel changement de perspective sur cette histoire commune et d’une violence aux répercussions sensibles aujourd’hui encore. Abolitions, révolutions sont mis en lumière à l’aune de l’histoire des marrons et des révoltes permanentes des esclaves, pas seulement du point de vue de l’oppresseur… Avec science et poésie, « Fugitif, Où Cours-Tu? » porte ainsi l’esprit jusqu’au début d’une réflexion sur les formes actuelles de rébellion, de fuite/migration, de marronnage.

Jeune Afrique : Le marronnage, résistance créatrice

Enfermer l’esclave – le colonisé en général – dans un statut de victime, c’est lui dénier toute capacité d’action et donc perpétuer, en croyant honorer sa mémoire, sa déshumanisation », écrit Dénètem Touam Bona, auteur d’un essai lumineux intitulé Fugitif, où cours-tu ? L’auteur, professeur de philosophie, y livre une analyse pertinente du marronnage, ce phénomène de fuite des esclaves. Qu’il soit « occasionnel » (fuite individuelle provisoire de l’esclave), « clandestin » (s’échapper pour se fondre dans la masse parmi les affranchis) ou de « sécession » (retrait collectif « qui inaugure le surgissement d’une communauté furtive »), ce phénomène – souvent présenté comme secondaire – se révèle déterminant dans l’éclatement de l’appareil esclavagiste.

Revue Un philosophe : L’art de la fugue | « Fugitif, où cours-tu ? »

Un voyage, une fuite dans le temps de l’esclavage. Temps apparemment révolu, ou plutôt métamorphosé. Dénètem Touam Bona pense le temps de l’esclavage avec les penseurs d’aujourd’hui et se révolte contre aujourd’hui avec l’héritage et l’enseignement des temps passés. Le texte a l’intelligence d’osciller entre philosophie, sociologie, anthropologie et récits personnels pour mieux saisir l’enfermement, la capture, la fuite, l’envolée ou la disparition. C’est un OVNI littéraire, qui n’hurle pas les choses comme l’époque contemporaine se plaît désormais à communiquer. Il susurre. Murmure. Chuchote.

Radio Africa n°1 : présentation de la revue Afriscope consacrée au nègre marron

Anne Bocandé, rédactrice en chef d’Africultures et du magazine Afriscope vient nous présenter le tout nouveau numéro de ce magazine gratuit culturel et citoyen qui sort cette semaine. En compagnie de Dénètem Touam Bona, anthropologue, enseignant de philosophie à Mayotte qui est aussi venu présenter un livre, inspirée par l’histoire des nègres marrons « Fugitif où cours tu ? »

Guyaweb : Le nègre marron : figure universelle de résistance

Extrait de mon intervention (fin) au Centre Georges Pompidou, le mercredi 4 mai, dans le cadre du Festival « Hors-Pistes » 2016 consacré à « L’art de la révolte ». Journée « Lignes de fracture » organisée par Géraldine Gomez, Geoffroy de la Gasnerie et Édouard Louis. J’y reviens sur la fin du droit d’asile et sur la chasse aux « Comoriens »à Mayotte qui revêt une dimension schizophrénique (les « Mahorais » partageant, à quelques nuances près, la même culture et les mêmes lignages que les habitants des autres îles).

Annonce de l’événement dans les Inrocks : http://www.lesinrocks.com/2016/05/02/actualite/lart-de-revolte-a-beaubourg-11823993/

« Partir marron, tout un art » (journal de la Réunion)

« Le grand récit des abolitions est l’instrument privilégié d’une histoire de France qui exclut les Créoles de leur propre libération » juge Dénètem Touam Bona dans son ouvrage Fugitif, où cours-tu ? (PUF, 2016). Paradoxe : la commémoration de la libération des esclaves en 1848 serait plus à la gloire des dominants qu’à celle des dominés ! De fait, commémorer l’abolition valorise le geste d’un Etat colonisateur signant un décret, mais ne dit rien des diverses formes de luttes des dominés.

Poétiques de résistance : « une vision prophétique du passé »

En ce 10 mai 2017, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, l’Institut du Tout-Monde, fondé par Edouard Glissant, tient sa soirée « Poétiques de résistance » à la Maison de la Poésie. Une soirée conçue et organisée par Sylvie Glissant, Greg Germain, Hugo Rousselin et Dénètem Touam Bona. Musiques, littératures, et poésies sont convoquées et placées sous le signe de ce qu’Edouard Glissant appelait la “vision prophétique du passé”, à savoir “une vision qui s’attache à restituer l’action et l’humanité des damnés de la terre- ceux restés dans l’ombre et les silences de l’Histoire officielle”. Christiane Taubira était l’invitée d’honneur de cette édition de « Poétiques de résistance ».

 

 

 

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