Des êtres de fuite…

Fugitif, où cours-tu ? paraît le 2 mars 2016, dans la collection « Des mots », aux éditions Presses Universitaires de France. A travers la question du marronnage (fuites et résistances des esclaves afrodescendants), cet essai s’attache à mettre en lumière l’action et la créativité des colonisés. Entre carnet de voyage, enquête anthropologique et méditation littéraire et philosophique, ce livre évoque l’histoire occultée des fugues, celles du « gitan » nomade, du soldat déserteur, du migrant « clandestin » et de tous les réfractaires à la norme, au contrôle ou à la domestication.  Fugitif, où cours-tu ? comporte de nombreuses descriptions, en particulier de l’art marron de Guyane et du Surinam. Ce blog mettra donc à la disposition des lecteurs des photos, des croquis ou des extraits vidéos afin de les aider à se familiariser avec le monde méconnu des « nègres marrons ».

Enden derail chacun de nous, sommeille un fugitif : un être qui étouffe entre quatre murs, qui cherche du regard la ligne d’horizon, qui scrute la nuit étoilée, qui veut sentir le vent, le soleil, la pluie, les éléments le pénétrer par tous les pores et en épouser le cycle des mutations. Percevoir jusqu’à devenir imperceptible.

Chaque fois que nous faussons nos identités, chaque fois que nous transgressons des frontières, chaque fois que nous nous offrons à l’imprévu de la rencontre, « êtres de fuite » nous devenons : des êtres qui fuient de toutes parts, par toutes leurs lignes de faille, et qui échappent d’abord à ce qu’ils sont censés être.

À ces êtres-là, à ces êtres de fuite, leur nature, notre inquiétude attachent des ailes. Proust, La prisonnière.

 

fugitif

Quatrième de couverture

« Tant que les lions n’auront pas leurs historiens, les histoires de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur », dit un proverbe bantou. C’est précisément le point de vue du lion que défend ici Dénètem Touam Bona en mettant en lumière, à travers la question du marronnage, l’action et la créativité des colonisés. Entre carnet de voyage, enquête anthropologique et méditation littéraire et philosophique, il narre l’histoire occultée des fugues, celles du « gitan » nomade, du soldat déserteur, du migrant « clandestin » et de tous les réfractaires à la norme, au contrôle ou à la domestication.

Foucault l’a bien vu, « la visibilité est un piège ». Art de la disparition, le marronnage est plus que jamais d’actualité. Déjouer les surveillances, les profilages, les traçages marketings et policiers ; disparaître des bases de données ; étendre l’ombre de la forêt l’espace d’un court-circuit. Dans notre monde cybernétique où le contrôle en temps réel de l’individu est sur le point de devenir la norme, le nègre marron apparaît comme une figure universelle de résistance. »

Fuguer, ce n’est pas être mis en fuite, mais au contraire faire fuir le réel, y opérer des variations sans fin pour déjouer toute saisie. La fugue est fougue créatrice.

course

Photo Patrice Le Namouric©, extrait du film M Marronnage.

A l’origine, tout rythme est rythme d’une course : martèlement des pieds sur le sol, martèlement du cœur sous la poitrine, martèlement des mains sur la peau tendue. C’est d’abord au moyen du rythme que l’Africain déporté trace une ligne de fuite.

moon maroon

Photo Patrice Le Namouric©, extrait du film M Marronnage.

 Sous la protection de la lune, les nègres marrons ont inventé des tactiques complexes de contre-capture.

Du chuchotement peut naître un monde, un refuge, une utopie. C’est toujours en chuchotant que nous fomentons nos projets d’évasion.